Vous travaillez déjà en freelance, ou vous lancez une petite activité, et vous vous demandez s'il faut créer une société ? En Tunisie, trois statuts s'offrent à vous : l'auto-entrepreneur, l'entreprise individuelle et la société (SARL ou SUARL). Ils n'ont ni le même coût, ni la même fiscalité, ni la même protection.

Ce guide les compare à partir des textes officiels, et vous aide à savoir à quel moment passer à la société.

En bref

  • L'auto-entrepreneur paie une contribution unique (0,5 % du chiffre d'affaires pour l'impôt, plus une cotisation sociale forfaitaire), à condition de ne pas dépasser 75 000 TND de chiffre d'affaires par an.
  • Dans l'entreprise individuelle, l'entrepreneur et l'entreprise ne font qu'une seule personne : vos biens personnels répondent des dettes de l'activité.
  • La société (SARL ou SUARL) crée une personne morale distincte, avec une responsabilité limitée aux apports, mais plus de formalités.
  • On passe généralement à la société pour protéger son patrimoine, s'associer, dépasser le plafond de l'auto-entrepreneur ou rassurer de gros clients.

Les trois statuts en un coup d'œil

CritèreAuto-entrepreneurEntreprise individuelleSARL / SUARL
QuiPersonne physique de nationalité tunisiennePersonne physiquePersonne morale distincte, 1 à 50 associés
Plafond de chiffre d'affaires75 000 TND par anAucunAucun
FiscalitéContribution unique : 0,5 % du CA au titre de l'impôtImpôt sur le revenu (IRPP)Impôt sur les sociétés
Sécurité socialeCotisation forfaitaire incluse dans la contribution uniqueRégime des non-salariésSelon le statut du gérant ; affiliation employeur si salariés
ResponsabilitéPersonnelle, mais résidence principale insaisissable pour les dettes professionnellesIllimitée : l'entrepreneur et l'entreprise ne font qu'unLimitée aux apports
FormalitésInscription en ligne, carte délivrée en 15 jours maximumDéclaration d'existence, matricule fiscalStatuts, RNE, matricule fiscal
S'associerImpossibleImpossibleOui (SARL)

L'auto-entrepreneur : simple, mais plafonné

Le régime a été créé par le décret-loi n° 2020-33 du 10 juin 2020. Il vise toute personne physique de nationalité tunisienne qui exerce seule une activité dans l'industrie, l'agriculture, le commerce, les services, l'artisanat ou les métiers, avec un chiffre d'affaires annuel ne dépassant pas 75 000 TND.

Ce que prévoit le texte :

  • Une contribution unique qui remplace l'impôt sur le revenu, la TVA et les cotisations sociales : 0,5 % du chiffre d'affaires annuel au titre de l'impôt, et 7,5 % des deux tiers du salaire minimum (agricole ou industriel selon l'activité) au titre de la sécurité sociale.
  • Pas de contribution la première année, le Fonds national de l'emploi prenant en charge les cotisations sociales.
  • Une déclaration trimestrielle en ligne, dans les 15 jours suivant chaque trimestre.
  • Un registre des recettes et dépenses paraphé par l'administration fiscale.
  • La résidence principale protégée : elle ne peut pas faire l'objet de mesures d'exécution pour des arriérés liés à l'activité.

Ses limites, fixées par le même texte :

  • Radiation en cas de dépassement du plafond de 75 000 TND, ou si plus de 90 % du chiffre d'affaires est réalisé avec une entreprise dont vous étiez salarié (pour éviter le salariat déguisé).
  • Exclusion de toute personne ayant déjà déposé une déclaration d'existence fiscale depuis la publication du décret-loi.
  • Pas d'associés : le régime est strictement individuel.

Selon le ministre de l'Emploi, cité par Business News en juin 2026, le régime compte plus de 10 000 inscrits, et le gouvernement prévoit de l'élargir aux freelances actifs sur les plateformes numériques. Tant que cet élargissement n'est pas publié, vérifiez que votre activité figure bien dans la liste fixée par décret.

L'entreprise individuelle : sans plafond, mais sans protection

Dans l'entreprise individuelle, comme le résume le guide de l'investisseur de la Tunisia Investment Authority (TIA), l'entrepreneur et l'entreprise forment une seule et même personne. Il n'y a pas de capital social, et pas de séparation entre vos biens personnels et ceux de l'activité.

En pratique :

  • vous déposez une déclaration d'existence et obtenez un matricule fiscal (voir le matricule fiscal en Tunisie) ;
  • vos bénéfices sont soumis à l'impôt sur le revenu ;
  • vous tenez une comptabilité, éventuellement simplifiée : selon le modèle officiel de carte d'identification fiscale, la comptabilité simplifiée est ouverte aux entreprises individuelles au régime réel dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 300 000 TND (achat-revente, transformation) ou 150 000 TND (services).

Le principal risque est clair : en cas de dettes, vos biens personnels peuvent être saisis.

La société : plus de formalités, mais une vraie séparation

Une SARL ou une SUARL est une personne morale distincte. Selon l'article 90 du Code des sociétés commerciales, les associés ne supportent les pertes qu'à hauteur de leurs apports. Le Code ne fixe plus de capital minimum depuis 2007.

En contrepartie, il faut :

  • rédiger des statuts et immatriculer la société au RNE ;
  • tenir une comptabilité conforme et déposer les déclarations de l'impôt sur les sociétés ;
  • respecter des règles de fonctionnement (gérance, décisions, registre spécial pour la SUARL).

Le coût de création est détaillé dans notre guide du coût de création d'une société en Tunisie, et le choix entre les deux formes dans notre comparatif SARL ou SUARL en Tunisie.

Quand passer à la société ?

Posez-vous ces cinq questions. Un seul « oui » suffit souvent à justifier une société :

  1. Votre chiffre d'affaires approche-t-il 75 000 TND par an ? Au-delà, le régime de l'auto-entrepreneur prend fin.
  2. Voulez-vous protéger votre patrimoine personnel ? Seule la société limite votre responsabilité à vos apports.
  3. Allez-vous vous associer ou faire entrer un investisseur ? Seule la SARL le permet.
  4. Vos clients exigent-ils une société avec un matricule fiscal et des factures de personne morale ? C'est fréquent avec les grandes entreprises et à l'export.
  5. Allez-vous embaucher ou investir dans du matériel ? La structure en société facilite le financement et la gestion.

Si vous vivez à l'étranger et travaillez pour des clients en Tunisie, voyez aussi notre guide pour créer une société en Tunisie depuis l'étranger.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre auto-entrepreneur et entreprise individuelle en Tunisie ?

L'auto-entrepreneur bénéficie d'un régime simplifié créé en 2020 : une contribution unique de 0,5 % du chiffre d'affaires pour l'impôt plus une cotisation sociale forfaitaire, avec un plafond de 75 000 TND par an. L'entreprise individuelle n'a pas de plafond mais relève du régime fiscal et social classique.

Quel est le plafond de chiffre d'affaires de l'auto-entrepreneur ?

75 000 TND par an, selon l'article 2 du décret-loi n° 2020-33. Au-delà, l'inscription au registre de l'auto-entrepreneur est radiée.

Un freelance peut-il être auto-entrepreneur ?

Oui, s'il exerce une activité figurant dans la liste fixée par décret et respecte le plafond. Le gouvernement a annoncé en juin 2026 vouloir élargir le régime aux freelances des plateformes numériques ; vérifiez la liste en vigueur avant de vous inscrire.

L'entreprise individuelle protège-t-elle mes biens personnels ?

Non. Dans l'entreprise individuelle, l'entrepreneur et l'entreprise ne font qu'une seule personne : vos biens personnels répondent des dettes de l'activité. Seule une société limite la responsabilité aux apports.

Quand faut-il créer une SARL plutôt que rester freelance ?

Quand vous approchez du plafond de 75 000 TND, voulez protéger votre patrimoine, vous associer, embaucher, ou que vos clients exigent de travailler avec une société.

Vous pensez qu'il est temps de passer à la société ? Parlez-nous de votre activité : nous vous disons si c'est le bon moment et quelle forme choisir. Le détail de nos offres est sur notre page tarifs.

Sources